Dans la boite-Censuré

 

Avec l’aide à l’écriture de Beaumarchais 

Mention Spéciale du comité de lecture de Fontenay sous Bois (en partenariat avec les EAT) 

Sélection du comité de lecture du Théâtre de la Huchette

Mis en espace  au théâtre de la Huchette sous la direction d’Yves Thuillier

Mis en espace sous la direction de Pascal Parsat

(cycle de lecture des boursiers Beaumarchais - CRTH)

​Mis en espace à la Maison des Auteurs sous la direction de Kristian Frédric

 

POURQUOI CE TEXTE? 

 

Les premiers jets se heurtent à  des : « tu ne peux pas (…) On ne peut pas parler de ça. (…)  en tout cas pas comme ça ».

C‘est aussi à partir de cette forme d’interdiction que s’est élaborée la pièce.

 

Je me suis demandé : où allons-nous, si  sur une scène de théâtre, qui reste le dernier rempart de liberté, le seul endroit où l’on peut tout dire et tout montrer,  on nous dit : tu n’as pas le droit de parler de ça ?

Dans un monde où la pornographie gagne du terrain…

Dans un monde où 80% des jeunes ont abordé la sexualité par des images de sodomie ou de fellation sur internet avant l’âge de 13 ans…

Dans un monde où, en France seulement 10% des viols (12 000 sur 120 000) font l'objet d'une plainte, 3% font l'objet d'un jugement et 1% d'une condamnation (1 200 sur 120 000) (Rapport annuel 2009 de l'Observatoire National de la Délinquance (OND)…

Dans un monde où il y a encore soixante ans, on considérait qu’il fallait abuser  et maltraiter un enfant dès sa naissance pour son bien, pour qu’il plie, obéisse (cf Alice Miller)…

 

Dans un monde en perte de repères et cherchant d’autant plus à  stigmatiser, à mettre dans des cases, à se dédouaner de la violence en la condamnant comme  extérieure…

Car, oui. C’est toujours l’Autre. Qui est désigné et vilipendé.

 

Or, l’homme qui viole, l’homme qui touche  - sexe d’enfant… Un homme « normal ». Enfin je veux dire. Non. Mais pas de signe particulier. Pas de signe de monstruosité. Ce serait trop simple.

Et pour tout compliquer, encore plus, il arrive que l’enfant aime celui qui – parce que rien n’est si simple. Parce que la haine n’est pas un sentiment constant ni naturel. Parce qu’on ne peut pas s’empêcher d’aimer. Parce que même le pire des bourreaux a un côté humain. C’est ce qui est révoltant. C’est ce qui fait peur.

 

Il est temps de parler. Il est temps de dire. Il est temps que des paroles importantes soient prononcées. Sincèrement. Et honnêtement. Donc, durement.

 

J’ai voulu en finir avec le mythe manichéen. Un bourreau, une victime. Et puis on juge, - haine, et rejet,  - et puis acceptation, pardon. Sauf que. Sauf que non. Parce qu’il y a l’amour, aussi.

 

Il y a cet amour qui ne devrait pas exister, mais qui est là. Qui prend naissance dans les immondices, et qui s’accroche. On a bien identifié le trouble qui peut saisir un otage qui passe un long temps avec son… bourreau, le fameux syndrome de Stockholm. Eh bien c’est la même chose. En peut-être encore plus intériorisé. Comment se débarrasser de cet amour ?

Comment exister sans,  quand on a été façonné par cette chose qu’on ne devrait pas connaître ? Comment ensuite pouvoir haïr ? Parce que haïr revient à haïr également ce qu’on est devenu, puisque l’être qu’on est devenu est essentiellement façonné par cette histoire ? Ce sont toutes ces interrogations que j’ai voulu mettre à nu dans cette pièce.

Avec toujours, ce regard extérieur, cette mise en abyme, qui au sein même de la pièce, interroge. Je pense, moi, qu’on peut tout dire au théâtre, et tout montrer.

 

Alors je suis partie de faits réels, puis je les ai détournés, et dirigés vers d’autres dimensions. Plus vastes et plus universelles.

 

Comme un sculpteur qui se saisirait d’une terre, et la malaxerait jusqu’à lui donner forme. Cocteau dit qu’une œuvre pour devenir réellement vivante doit attendre la mort de son auteur. Je dirai, moi, qu’une pièce doit échapper à son auteur, et que c’est bien comme ça. 

 

Je dirais donc, aussi : voilà. C’est une boite. Oui. Une boite. Métal et terre. C’est un corps nu dans un cadre « coupant ». Le corps est dénudé.  Car la nudité cache. En révélant se tait. Le verre est brisé, un impact à l’endroit du sexe. Décadré. Ce cadre. Nudité – peu de chose. Pourquoi le corps fait-il si peur. Pourquoi cette peur produit-elle de l’excitation ? Pourquoi l’excitation suscite-t-elle la  violence ? Pourquoi la violence génère-t-elle l’émotion ? Pourquoi l’érotisme fait-il peur et envie ? Et pourquoi  le dégoût ? Et pourquoi la détresse ?

 

J’aimerais que le texte se fasse matière. J’aimerais qu’il se fasse chair, et qu’il brûle, comme  brûlent nos mots quand ils font sens.  J’aimerais un cri. Un cri muet. Et qu’il soit entendu. 

 

Laura Pelerins

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