LE PROJET EN AMONT: 

Je souhaite inventer une architecture sonore plus encore qu'une partition musicale, qui serve d'ossature au spectacle. Avant tout, en
travaillant sur la matière et l'épaisseur, la texture, du silence. Sur sa densité et sa présence. Une sorte d'antimatière musicale à créer, en quelque sorte, - en se servant entre autres des infrabasses, et des vibrations - alliée à un travail sur le rythme, le souffle, l'audible et l'inaudible, le perceptible et l'imperceptible. Un travail de recherche, une exploration, et une forme de réappropriation de la musique de l'est - klezmer, yiddish... - sans s'interdire de transgresser les codes et d'aller vers des décalages et incursions dans la musique urbaine, au travers d'une collaboration plateau avec un(e) musicien(ne). Pour la musique plateau, je pensais au début à un beatboxer, et puis j'ai entendu sur internet, une jeune chanteuse dont la voix exprime l'urgence que je recherche. Une voix
grave, écorchée, une présence... J'ai changé mon fusil d'épaule. Il y a des rencontres, et des évidences à côté
desquelles il ne faut pas passer. Il y aura en plus, tout un travail de son et de recherche autour de la notion de diffraction avec la possibilité d'inventer un dispositif sonore permettant tout cela...


La diffraction, littéralement, c'est le comportement des ondes lorsqu'elles rencontrent un obstacle. Mais aussi, le
fait de mettre en morceaux. Et d'enfreindre. Diffraction, infraction, effraction, fragmentation, segmentation, déformation... On tourne toujours autour de la même thématique de déconstruction et d'aliénation. Autour de la matière et de l'antimatière.
Un travail de recherche sonores et de composition en amont, un dispositif sonore à créer, un matériau son enregistré important, ET une dimension musicale fondamentale au plateau, en live. 


Ambiance bus

CONCRETEMENT...

POUR UNE DRAMATURGIE SONORE - GABRIEL DE RICHAUD
Fragments est pour moi comme un Graal, empli de vie, d’intensité, plein de jeunesse de fougue et de forces mouvantes, qu’on aurait violemment jeté et éclaté au sol, sans aucune raison apparente. Des morceaux épars, cristallisés, ou encore hurlants, vibrent toujours, même après des années, au contact de cette brutalité folle et inconsciente à laquelle ils ont été confrontés. 
La caisse de résonance de l’âme souffre sans discontinuer et la longue plainte monotone et circulaire doit trouver une issue. Cette issue est la parole de l’autrice et l’acte d’être sur scène. Ainsi le son, la musique, dans une dramaturgie d’accompagnement et de soin à l’autre, doit porter les actrices et les acteurs et les pousser à faire sortir cette voix. 


Car il faut maintenant recoller. Harmoniser. Recomposer l’avenir. Il y aura toujours des marques de ruptures, les traces de craquements, mais les pièces du puzzle résonnent entre elles. Ces résonances doivent finir par faire sens. C’est ce mouvement que je veux accompagner. Le texte ne dit pas tout et, à la manière d’une matière collante qui se faufile dans les interstices des fragments rassemblés, je voudrais que la matière sonore raconte ce que le texte ne dit pas. 


Je m’inspire des travaux d’Helmut Lachenmann (notamment pour sa capacité à garder élastique une tension dramatique avec peu de matière) comme « Zwei gefühle, musik Mit Leonardo » et des oeuvres tels que «Katedralen » de Einojuhani Raautavara. Je sample des extraits, les traiter à ma manière, comme des fragments étrangers à ma composition, étrangers à mon propre geste. Et je souhaite les rassembler, les malaxer, les recomposer pour faire sens dans ma pratique. 


Par ailleurs, la voix d’une comédienne chanteuse enrichit encore ce subtil équilibre de forces contraires.