L'HISTOIRE
De façon éclatée, six personnages se racontent. Racontent leurs peurs, leurs
traumatismes, leurs failles, et leur manière de faire avec - de trouver les leviers
essentiels à leur résilience pour sortir du traumatisme.
Une introspection à travers l’intime et la mémoire universelle, en tant qu’acte
rituel qui permet la reconstruction de soi, de l’humanité en soi, dans une société
en perte de sens et donc, d’espoir.

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Fragments, c’est une volonté d’appréhender l’aliénation de ce monde, toujours
tue. Parce que ceux qui pourraient dire n’ont pas la parole, ou que s’ils la
prennent, on ne les écoute ni ne les entend. C’est aussi un témoignage sur
Auschwitz, une quête, encore et toujours, du sens. L’espoir jamais éteint. Et la
formidable force de vie impossible à arrêter.

ANA – On imagine qu’on est quelqu’un. On n’est rien. Seulement quand on met des enfants au monde… On tremble à chaque instant. Pour leur vie. Leur bonheur. C’est pas moi la plus fort. Et aucun être humain ne sera pas plus fort. La chambre à gaz dans laquelle j’étais, on était, tous… La douche était comme ça. Mais la douche… Tantôt de l’eau qui venait. Par groupe on allait. Oh là, là, mon nez qui coule, qui coule, comme la Seine.
NAA – Comme la douche.
ANA – Ouais. Avant qu’on a rentrés dans la – dans la douche, nous la groupe, y’avait des. Des polonais. C’est eux qu’ils ont construit Auschwitz. Ils sont arrivés le premiers. Ils ont tout fait. La chambre à gaz, tout. Alors la douche, une fois, c’était le gaz. Une fois la douche. Et avant qu’on a rentrés, ils ont dit Vous en avez d’la chance. Ils parlaient très, très mal en hongrois. Vous en avez la chance. Aujourd’hui ce sera de l’eau ! Seulement contre les parois – les ongles de nos mères ! Quand le gaz est rentré dans la pièce. Qu’est-ce qu’ils ont dû penser ? Avant mourir –
NAA – Alors.
ANA – Alors. Que tout le monde disait y’a pas de Dieu , celui là qui a laissé faire un crime atroce, le plus monstrueux, depuis que – que l’humanité existe, le plus criminel, le plus cruel, je l’ai dit Non. Il existe. Tous les soirs et tous les matins, je fais mes prières. Ce qui commence comme ça. Que. Il est éternel. Et je crois. Qu’il existe.
NAA – Mais pourquoi ?
ANA – Parce qu’il existe !
NAA – Je crois pas.
ANA, farouchement – Il existe.
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EBI – La curiosité est masochiste.
La curiosité est masochiste.
L’amour c’est la tolérance.
Le fond de l’air est clair.
J’emmerde les complots satanistes.
La curiosité est masochiste.
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NAA – Je sais bien, moi, que le glissement, s’il se produit, c’est peu à peu. Je me rappelle tes mains autour de mon cou, quand tu as commencé – serrer. Sourire d’excuse – j’ai voulu croire.  Je me rappelle tes premiers mépris accablants. Je me rappelle que je t’ai cru parfait, je me rappelle que je t’ai cru mystique, je me rappelle que je t’ai cru. J’ai cru.
POURQUOI EST CE QUE JE T’AI CRU.
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AL – Je crois – je crois – que le comble de l’amour, c’est pouvoir dire qui on est – qui on est vraiment, tu comprends, avec nos failles béantes, nos multiples cicatrices et nos hontes. Et être aimé quand même. Malgré ça. Ou pour ça. Et je ne sais pas si c’est possible. Tu vois ? Après toutes ces années, je ne sais toujours pas. Non. Vraiment pas.

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