Alors que nous fêtons ce mois-ci le 75ème anniversaire de la libération des camps... 

Il y avait une fois, des fragments croisés de vie.


Il y a eu ce spectacle de danse et un jeune garçon polyhandicapé. Et cette scène incroyable de beauté, où le jeune homme se tordant dans son fauteuil, répondant aux corps des danseurs et aux phrases de la clarinette, est devenu partie intégrante du spectacle.
Il y a eu une fois ce premier instant où ma grand-mère a pris la parole, pour me parler de ce qu’elle avait vécu à Auschwitz et qu’elle avait toujours tu.
Il y a eu une fois où la question s’est imposée à moi de la transmission de la violence – transmission qui s’est trouvée confirmée scientifiquement par la modification de l’ADN des enfants et petits-enfants de survivants . Avec celle de la culpabilité de la victime et de l’intériorisation du discours du bourreau, l’effraction psychique dont parle Françoise Sironi, digne d’un film d’épouvante, et pourtant très réelle, parce qu’il faut bien tenter de trouver le sens, surtout là où il n’y en a plus, et qu’on peut y passer sa vie.
Il y avait une fois la violence quotidienne, celle de ce monde où des gens dorment et vivent dans la rue, de ce monde toujours trop pressé.
Il y avait une fois la quête de sens.


Je suis partie de ces différentes violences, qui se sont superposées sans se mélanger, facettes différentes d’un tout.
J’ai éprouvé la nécessité d’écrire là-dessus. Sur cette violence allant jusqu’à l’anéantissement, qui conduit à une déshumanisation puisque la violence pulvérise, fragmente, l’être humain, l’enfant, la femme, la société qui en est victime. Cette déshumanisation provoquée, générant elle-même l’aliénation sur un plan individuel ou collectif. Il m’a semblé fondamental, essentiel, de montrer ça, et la manière dont cette violence va impacter les générations futur.

 

Ici, l’enfant subissant la violence sera potentiellement amené à la reproduire et en tout cas va devoir lutter pour ne pas le faire, et pour déconstruire le discours appris.
Pourquoi les Fragments ? Parce que c’est la façon dont fonctionnera la psyché de quelqu’un après violence. Ce morcellement, cet éclatement, cette incapacité à créer une structure narrative, une temporalité.


D’une manière ou d’une autre je n’écris qu'autour de cette problématique et de ce qu’elle génère de « folie », d’aliénation – mon travail auprès de personnes en souffrance psychique ayant encore renforcé ma conviction que l’origine du « mal » est bien cette violence, soit individuelle soit sociétale, soit systémique, à quelque échelle qu’elle se situe… - et sur une quête de sens, et sur l’espoir, donc, jamais éteint, et l’amour rédemption.
 

J’ai voulu ce texte dépourvu de tout sentimentalisme, et de bons sentiments pour aller au plus près de l’intime et de l’émotion. Et paradoxalement, peut-être comme une ode à l’être humain et à sa merveilleuse capacité d’autodérision et de reconstruction… .
 

 

LAURA PELERINS

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