Une jeune femme en proie à une passion amoureuse obsessionnelle et au désir d’en sortir. Entre grâce et humour noir, l’auteur nous conduit sur le fil rouge de l’émotion. A la lecture du texte de Laura Pelerins, j’ai d’emblée été séduite par le thème principal développé dans la pièce.

 

SI JE PARS est avant tout l’histoire d’une femme addict à la passion, l’histoire d’une névrose universelle: la dépendance amoureuse. «Derrière ce besoin que l’autre nous regarde pour exister ou la peur qu’il nous quitte, se cache la dépendance amoureuse. Un mode relationnel qui repose principalement sur la fusion» écrit Marie-Lise Labonté psychothérapeute. «Source de bonheur au départ, la fusion devient aussi source de souffrance quand elle enferme dans des liens toxiques», ajoute Hélène Roubeix, fondatrice de l’école de PNL humaniste. Vibrer, ressentir des sensations fortes, être emportés dans ce « ravissement à l’autre», on le désire tous. Mais jusqu’où ? Et à quel prix?

Cette histoire parle bien de la passion et de cette façon dont on est parfois prêt à basculer jusqu’au délire pour que l’autre remplisse notre espace vide, notre manque à combler. Les formes de dépendance varient, mais dans bien des cas, elles empêchent de s’épanouir. Il s’agit d’abord de les reconnaître pour ensuite les transformer.

 

SI JE PARS synthétise admirablement ce cheminement cathartique de la prise de conscience à la transformation pour aboutir à la libération finale. Les blessures d’enfance, qu’on perçoit en filigrane, la peur de l’abandon, le besoin de créer et d’être reconnue en tant qu’artiste sont autant de thèmes périphérique mais névralgiques qui cimentent la pièce. La grande force de l’écriture de Laura Pelerins c’est son regard décalé, cynique et lucide qui permet un mélange détonnant de rire et d’émotion. Grâce à une écriture fine et acerbe, Laura Pelerins découpe au scalpel (pour notre plus grand plaisir) toutes les émotions, contradictions, désillusions et espoirs de cette amoureuse inconditionnelle, éprise d’absolu. En accentuant par une direction d’acteur précise et ciselée, le côté délirant, burlesque, et quasi névrotique de cette quête de l’amour absolu, j’aimerais donner à voir tous les paradoxes de ce personnage qui évoluera tel un équilibriste de l’âme, tout en nuances. 

 

Alternant tragédie et comédie, scènes paroxystiques et scènes de vie cocasses, monologues intérieurs et confessions publiques directement adressés, ELLE se livre dans toute sa vérité. ELLE dont on accède à l’humanité, c’est un mélange de la femme enfant, de la séductrice, de l’inévitable romantique qui se cache au fond de chaque femme (chose qu’elle se refuse à assumer) de l’arriviste aussi, bref c’est une fausse ingénue plus torturée et beaucoup moins naïve que ce qu’elle veut bien laisser paraître. ELLE est aussi la parfaite incarnation de la jeune femme urbaine d’aujourd’hui, avide d’indépendance et de liberté mais soucieuse de tout concilier : sa vie d’amoureuse, sa vie de mère, et sa vie d’artiste dans son cas. Il y a ELLE mais il y a LUI, je dirais qu’il y a plusieurs Lui.

 

Il y a d’abord LUI, l’homme sans visage, l’homme dont elle est intoxiquée.

Et puis aussi un autre Lui, qui pour le coup est totalement incarné puisqu’il vient sur scène , déboule comme un chien dans un jeu de quilles, chamboule les certitudes (déjà qu’elle n’en avait pas beaucoup...) de la demoiselle...

Présence virile, maladroite, critique et rugueuse au début qui finira par se révéler touchante... Lui c’est le pendant masculin qui apporte son regard chargé d’incompréhension prouvant une fois de plus que même si les hommes et les femmes traversent les mêmes affres, les modes de fonctionnement et de compréhension sont radicalement différents .

Pour ce personnage incarné par Philippe Collin j’ai voulu comme pour la femme incarnée par Laura Pelerins qu’il soit à multiples facettes, en nuances et en contraste. La musique occupe une place primordiale dans le spectacle. Les chansons (même si elles sont parfois prétexte à respiration et numéro clownesque) sont la plupart du temps, la continuité directe de la pensée intérieure du personnage, soit en prise directe avec sa souffrance et son émotion, soit en décalage total.

 

Laura Pelerins qui a également composé la musique, s’accompagne elle même au piano et nous entraine du coup, plus profondément dans son propre univers. Grâce au prisme particulièrement puissant de la musique, le spectateur est amené dans une dimension impalpable ... Si je pouvais résumer la pièce, je dirais que c’est : « une histoire d’amour toxique, qui frôle le délire et l’absurdité... mais qui nous émeut au plus profond de nous même, car elle fonctionne comme un miroir de nos propres errances.

 

Mon souhait est de faire passer le message profond de cet univers touchant, choquant parfois désespéré en restant sur le fil du décalage, de l’autodérision et de l’émotion pure. Que le rire libérateur et le bouleversement des sens permettent à cette catharsis de se réaliser au mieux et pour notre plus grand plaisir ! Parce que pour moi être sur le fil de l’humour et de l’émotion est la meilleure façon de toucher profondément le coeur des hommes.

 

CLAIRE FAUROT

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